28 février 2009

La sonnette

BNPS016
Vendredi. Je suis devant le siège du Parti socialiste, rue de solférino à Paris. Le journal m'envoie là car il s'y tient une réunion de la direction du parti et les responsables des différents courants afin de décider de la composition des listes de candidats pour les élections européennes de 2009. Je me trouve donc sur ce bout de trottoir à attendre. Je suis seul. Pas un seul autre photographe. Pas une seule caméra. Même pas un rédacteur perdu dans le coin, venu là, pour recueillir une réaction. Cela peut paraître ridicule, mais ça ne m'arrive pas souvent. Je suis perpétuellement entouré de mes confrères, tous sur les mêmes histoires, événements. Nous attendons ensembles, des heures durant qu'une personnalité arrive ou reparte. Nous plantons devant des portes. Piétinons longtemps, en faisant bien attention de ne pas perdre notre concentration, pour l'éventualité d'un incident de l'actualité. Sur ce même trottoir, j'ai attendu de nombreuses fois les résultats de différentes élections. Epié les personnages politiques, qui passent comme des ombres derrière les fenêtres des couloirs qui mènent aux réunions de premier ordre. Je connais certains recoins du bâtiment, pour y avoir cherché un angle particulier, un idée neuve, toujours dans le but de renouveler l'image du politique que le journal m'a commandé.
Mais voilà qu'aujourd'hui je suis livré à moi même. Dans cet endroit qui m'est familier j'essaie de résister au froid et à l'ennui. L'heure tourne et les seuls regards que je croise sont ceux des touristes qui cherchent le musée d'Orsay ou la seine... je suis là à ne rien faire. Alors les touristes perdus lèvent les yeux de leur carte et effectue un coup d'œil circulaire. Ils me voient et viennent me demander leur route " where is the musée d'orsay?.." Je renseigne mes interlocuteurs avec bienveillance. " this way" fais je en montrant la direction de la rue de lille. "oh thanks you". Ils s'en vont vite, ne me laissant comme seul souvenir la vision de leurs sac à dos de couleurs vives. Leurs conversations juste après se noueront peut être sur ce personnage qui reste là sur ce bout de trottoir, sans bouger.
Au bout d'une heure mes clients commencent à arriver. A pied, en voiture, en scooter. Ils rejoignent le siège du parti pour assister à la réunion. Leurs nonchalance est l'exact contrepoint de leur étonnement lorsqu'ils me voient là. De loin, ils en rigolent déjà. Ils viennent même me saluer en raison de l'incongruité de ma situation.
Je répond, salue à mon tour et fais de photos en même temps...exercice difficile. Ils s'arrêtent, ne filent pas. Ils prennent leur temps et m'oublient rapidement. Je suis plutôt content des images qui en découlent.
Lorsque le gros de la troupe est arrivée, je me retrouve à nouveau seul, dehors. Un coup d'oeil a droite, un coup d'oeil à gauche. Je vois François Hollande qui traverse la rue. Il vient. Il est souriant. Je le connais bien, pour l'avoir beaucoup photographié lorsqu'il était le patron du parti. Il arrive sur moi. "ça va?" il file tout de suite. Pourtant je bredouille un "oui oui , merci". Il se positionne devant la grille d'entrée. Il sonne. Personne n'ouvre. Il attend. Moi aussi. Il re-sonne et dans le même temps, tente de regarder au dessus de la porte pour apercevoir le gardien. Enfin, on va bien le reconnaître. Appuyer sur ce bouton rapidement afin d'ouvrir cette satanée grille. Non. ça commence à faire long. Je suis à la fois gêné et ravi de la situaion qui se joue. Je pense déjà au fait que je vais le raconter. Il dit "mais , on peut plus rentrer ici..."  je me mord la lèvre pour ne pas dire à mon tour " j'en profite, hein?"..mais non je ne dis rien. Je tourne. Me place de côté. J'ai tout mon temps. Hollande joue la carte de mon absence. Je pense que chez lui, le sentiment est aussi mêlé. Un peu de honte d'être bloqué ainsi devant une porte que l'on passée tant de fois, sans attendre, en maître des lieux. De l'amusement, de se voir rendu à un sort plus modeste. Il me regarde. Esquisse un sourire. ça y est. le buzz strident de l'ouverture arrive enfin. Il pousse la porte et se jette avec énergie à l'intérieur. Je le suis du regard puis me retourne. Sur l'écran de mon boîtier je vérifie que l'image est bien là. Je la vois et ris à nouveau. 

Posté par sebcalvet à 23:50 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur La sonnette

    Super

    Son regard semble révéler beaucoup d'humour et d'amertume.

    Histoire plaisante à lire.

    Posté par Pierre, 02 mars 2009 à 12:55 | | Répondre
  • Comme d'hab..

    ... très belle photo !

    Posté par Vittorio, 19 mars 2009 à 23:21 | | Répondre
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