02 mars 2009

Hors champ

CNPS038
Je couvre le conseil national du parti socialiste, au palais de la mutualité à paris. Suite logique de la réunion qui s'est tenue la veille et dont je vous ai parlé précedemment. Aujourd'hui les instances du parti se réunissent pour voter officiellement sur la constitution des listes de candidats aux élections européennes. Tout cela se passe à huit clos. Nous sommes tenus hors du bâtiment et ne pouvons faire que les arrivées des responsables. Ceux ci ont la mine préoccupée de ceux qui doivent prendre des décisions qui engagent. Les susceptibilités se doivent d'être ménagées. Les places de chacuns respectées. Apparement la réunion d'hier s'est terminée tard dans la nuit. Les traits sont tirés, les yeux s'ouvrent à peine. Nous photographions donc les personnages, presque au saut du lit aprés une courte nuit. Une fois tout le monde entré, nous patientons sur le trottoir, encore... Certains sortent pour fumer une cigarette ou délivrer quelques confidences aux journalistes présents. Nous en profitons pour faire quelques images. Certains politiques nous engueulent lorsque nous nous approchons. ils ne veulent pas être pris en photos avec la clope. Soit. Le politiquement correct fait vraiment des ravages partout.
Enfin, on nous autorise à rentrer. Un point presse est organisé pour présenter les candidats issus des tractations. Martine Aubry se présente avec tous les numéros 1 et 2 des listes. Ils l'entourent et se montrent face à nous souriant. Enfin, pas tous. Je remarque tous de suite que Vincent Peillon fais la gueule. Il se tient en retrait et ne cache pas sa mauvaise humeur. Tout le long du discours de Aubry, je le regarde en train de grimacer, souffler, fermer les yeux. Ils croise les bras. Se ferme sur lui même. On dirait un petit garçon qui n'a pas eut sa sucette et exprime sa colère de manière froide. Je fais un série d'images trés drôles. Martine Aubry au premier plan et Peilllon derriere sortant tout le catalogue des mimiques austéres qu'il connait. Je sens bien le malaise que cela suscite. Chacun tente de faire bonne figure mais voit bien le numéro de vincent Peillon juste à l'arrière du groupe. Discours terminé. Aubry dis "Bon, pas de questions?..merci" puis elle baisse la tête en signe de fin d'intervention. Photographes, caméras, nous approchons. Nous voulons faire une images moins figée que pendant la conférence de presse. Aubry et les autres candidats prennent la pose devant les objectifs. C'est alors que je remarque l'abscence de Benoit Hamon sur la droite de mon cadre. Il est allé chercher Peillon de l'autre côté. Il le ramène avec lui. Tous deux se tiennent au bord de mon cadre. Peillon commence à gueuler, à râler. Hamon le regarde, l'air dépité. Il tente de le calmer. Discute. Vincent Peillon à une colère froide. Il accompagne ses arguments de gestes clairs. La scène est fabuleuse. Dans le même cadre se tient le champ et le hors champ. D'un côté Aubry et les autres posent déjà devant les photographes. Ils figent le résultat de la séquence politique qui vient de se jouer. De l'autre, les discussions continuent. Le politique défend sa position. Il se sait instable. La scène et la coulisse dans le même horizon. L'évidence est jubilatoire pour moi. Je fais beaucoup de photos. J'essai de saisir les geste de Peillon, le regard impuissant de Hamon, l'air déjà loin de Aubry et l'air inquiet, mais qui tente de sauver la face, de Harlem Désir.
Mes confréres me poussent. Des caméras tentent de passer devant moi pour aller faire l'image de Martine Aubry de l'autre côté. Je résiste et râle beaucoup. Ca y est . C'est terminé. Tous se dispersent. Peillon est reparti derriere, je ne le vois plus. Hamon répond à d'autres interviews. Aubry essai de fuir les objectifs. Je me suis relevé et laisse passer les caméras. Je sais que je tient quelque chose. Aprés en avoir discuté avec le service photo, l'image passera dans le journal. Comment raconter tout cela en une seule image? Le cadre est comme une carte. Mon travail est d'en dessiner les routes qui ménent vers ces histoires là.

Posté par sebcalvet à 10:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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