25 juin 2009

Les mains

NETA015
Drôle de journée, mercredi. Je cours d'une passation de pouvoirs à une autre. C'est jour de remaniement ministériel. Le ballet des cabinets est entamée depuis la veille, et aujourd'hui les déménagements commencent. Lors de ces cérémonies cela se traduit par des choses très concrètes. Des cartons qui passent. Des voitures qui changent. Des collaborateurs qui sortent en souriant ou en faisant la gueule..c'est selon!
Pourtant c'est en fin de journée que mon interrogation photographique fût la plus forte. Le journal m'envoie faire la visite de Benjamin Netanyahou à l'Élysée. Au programme, un entretien avec Nicolas Sarkozy.
S'il existe un exercice de style photographique c'est bien celui là. Le processus et strictement le même à chaque fois. Le cadre rigide et identique à chaque visite de chef d'état permet l'apparente neutralité de l'exposition des relations entre les deux pays. Donc. Nous nous tenons sur le côté de la cour de l'Élysée, perchés sur une tribune dressée là pour l'occasion. Trois niveaux de photographes, caméras, micros qui tentent d'attraper un instant intéressant dans cet océan d'images déjà vues.
- la garde républicaine se met au garde à vous.
- le président de la république sort sur le perron et se tient en haut des marches.
- le voiture du chef d'état arrive. l'huissier ouvre la portière.
- le président de la république descend les marches pour saluer son homologue.
- embrassades, poignées de mains, petit mot.
- ils remontent les marches pour se serrer à nouveau les mains en haut du perron, face aux photographes.
- ils rentrent enfin, suivis des équipes de conseillers de tout ordre.
Voilà. ça se passe comme ça. Je le sais. Je l'ai déjà fait de nombreuses fois. Alors je me pose la question de savoir ce que je vais faire. Quel stratagème vais je utiliser pour sortir une image, (un peu) différente?
D'abord je me met tout en haut de la tribune. Avec une vue plongeante je n'aurais pas d'éléments connexe qui me gêneront dans mon cadre. J'ai envie de serrer au maximum les personnages, les détacher du contexte. J'ai envie de voir seulement un ballet des corps pris dans ces costumes sombres. Je veux enlever les ors du protocole. Je monte une optique longue, (un 200mm) et j'y rajoute après de nombreuses hésitations un doubleur.. bon là ça devrait aller. Mes petits camarades à côté de moi se moquent de mes hésitations. Nous rions. Bon là j'arrête de changer d'optique....
ça y est, le portail s'ouvre. "garde à vous!!"  le colonel s'époumone. Les trompettes de la république jouent un air militaire. Sarkozy se tient sur le perron, droit. Il jette une regard sur sa droite. Des dizaines de déclenchements se font entendre. Nous faisons des portraits qui alimenteront de nombreuses unes de journaux. C'est un peu, il faut bien le reconnaître, notre fond de commerce. Un photographe m'avouera plus tard qu'il n'as pas fait une seule photo de Netanayahou. Il s'est concentré sur les portraits du président.."c'est ça que je vends.."
NETA017
Tout se passe comme prévu. Le premier ministre israélien sort de la voiture. Sarkozy se dirige vers lui. Ils se serrent la main. Assez longuement. Ils se disent un mot. Je serre mon cadre au maximum. Je déclenche presque à l'aveugle. Je sens plus que je ne vois les mouvements des bras, des mains. Les sourires qui disparaissent trop vite. Je sais aussi que chacun ne veut pas la même chose sur le plan diplomatique, alors j'essai de le traduire dans mes images. C'est cela que je cherche. Ils remontent l'escalier. Se figent sur le perron. Pose pour les photographes. Je décide de coller sarkozy en bord cadre et attend que son visage exprime de la lassitude. Netanayahou, au centre, semble fier. Je le place en contrepoint de l'expression de
Sarkozy. Les drapeaux sur la gauche terminent mon image. Un homme déjà à l'intérieur viendra se placer plus tard devant ces mêmes drapeaux. Ce sera moins bon.
Ils sont rentrés. Je sors de ma bulle. Je descend vite de la tribune pour filer à la salle de presse. J'édite mes photos et remarque celle où les mains se lâchent, s'évite. J'aime ce mouvement qui échappe. Ces têtes qui se penchent comme pour s'excuser de ne savoir trop quoi dire. On est poli, alors on sourit.
je me dit souvent que la main du politique est son outil. Pour caresser ou pour frapper. Elle accompagne sa décision, sa stratégie. Que veulent dire ces mains là?
J'envoie mes photos.
Ce matin en prenant le journal, j'étais fier que ce soit celle là qui soit choisi. Encore une fois sur le papier je ne vois que ces mains qui délivre un message.... mais lequel?

Posté par sebcalvet à 13:13 - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur Les mains

    Comment expliques-tu que Libé.fr achetera une photo AFP alors que tu étais toi-même sur place pour couvrir l'évènement pour ton journal?

    http://www.liberation.fr/monde/0101576074-netanyahou-et-sarkozy-s-accordent-sur-l-iran-pas-sur-les-colonies

    Les 2 structures sont-elles si éloignées l'une de l'autre?
    -----------------------
    En tout cas, belles explications d'images (les mains de Sarko et les pieds de Ségo), c'est vraiment passionnant de vous suivre. Ca ouvre, un peu, le regard que je pourrais avoir dans mon viseur la prochaine fois!

    Bon courage!

    Posté par GC, 25 juin 2009 à 13:24 | | Répondre
  • aie...!!

    ben oui je suis d'accord...c'est assez incompréhensible..pourtant mes photos sont disponibles au site internet de libé..mais bon c'est leurs choix pas le mien..
    merci en tout cas pour vos encouragements.

    Posté par sebastien, 25 juin 2009 à 13:38 | | Répondre
  • Diable

    J'ai cru, de profil que c'était Depardon qui serrait la main à Sarko, mais non ! Ouf. Très bonne photo. Sur le remaniement hier, j'ai bien aimé la photo de Benoit Tessier de Reuters aussi :
    http://q.liberation.fr/photo/20090624/photo_0302_459_306_51169.jpg

    C'était marrant de te croiser place Vendôme. Je me disais bien que tu devais être sur le terrain et que tu as du courir toute la journée !

    A+

    Pierre

    Posté par Pierre, 25 juin 2009 à 14:32 | | Répondre
  • Diable

    J'ai cru, de profil que c'était Depardon qui serrait la main à Sarko, mais non ! Ouf. Très bonne photo. Sur le remaniement hier, j'ai bien aimé la photo de Benoit Tessier de Reuters aussi :
    http://q.liberation.fr/photo/20090624/photo_0302_459_306_51169.jpg

    C'était marrant de te croiser place Vendôme. Je me disais bien que tu devais être sur le terrain et que tu as du courir toute la journée !

    A+

    Pierre

    Posté par Pierre, 25 juin 2009 à 14:37 | | Répondre
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