30 novembre 2009

Incarnés

AMF067   AMF060

AMF065   AMF069
Retour sur le congrès des maires. Pour le contexte politique, c'est François Fillon, le premier ministre qui se charge du discours devant les maires et élus locaux. Dans la période de suppression de la taxe professionnelle, le président s'est esquivé sous les tropiques pour éviter la bronca attendue..
Me voici donc porte de Versailles, dans ce grand hall qui accueille habituellement, salons divers et variés. Endroit immense, tribune sans fin, et une salle chauffée à blanc qui attend le discours de Fillon de pied ferme. Chacun est prêt à siffler, hurler, montrer son mécontentement dès que le signal sera donné. Exemple typique de l'événement attendu. Tous les médias présents se prépare à enregistrer la grogne programmée. Comme souvent dans ce genre de situation, nous sommes quelques uns à être sceptique sur l'avènement de la colère. Les actualités trop annoncées font en général un pschitt magnifique, comme dirait l'autre.. Nous voilà tous, donc, dans cette salle à tourner en rond en attendant l'arrivée du gouvernement. Je repère l'entrée des huiles, à droite de la tribune. Je décide de rester là pour tenter une image différente, un peu en coulisse.. Tant pis, je ne ferai pas les arrivées et descentes de voitures. Je me place à côté des flics en poste devant le rideau et j'attends. La salle se remplit. Tous les journalistes, caméramans, cherchent la meilleure place. De là où je suis je me dit que je ne suis pas si mal. ça rentre, ça sort. ça se parle à l'oreille. ça regarde en coin. Bref, un lieu comme je les aime, où se mêlent pouvoirs, services de sécurité, collaborateurs qui font des aller retours. Vu le monde qui passe ici, avec le bordel de l'arrivée du premier ministre , je devrais arriver à faire quelque chose de bien. Évidemment , ma bonne humeur ne dure pas longtemps.. Je suis rejoins par d'autres caméras et journalistes. En 10 minutes , nous sommes une foule impatiente à piétiner devant le rideau.  Les flics nous confirme que le gouvernement va passer devant nous. Ils nous autorisent à rester là si nous ne dépassons pas la ligne...tiens, ça faisait longtemps!. Au milieu de tout ça, le journal m'appelle pour me dire l'angle pris par les rédac chefs sur cet évènement, il faut que j'incarne les maires qui se révoltent. Ils ne veulent pas forcément le premier ministre, mais que l'on voit , vraiment les visages des élus. Les idées fusent entre la rédactrice photo au journal et moi. Je décide de faire une série de portraits des gens dans la salle en train d'écouter le discours de Filllon.. "ok..mais tu fais le premier ministre aussi..hein?" oui, oui, bien sûr, je fais les deux... ça va pas tarder, ça s'agite. un flic arrivé au dernier moment se pose juste devant moi, je ne vois plus rien. Impossible de négocier. C'est évidemment le moment choisi pour que les ministres sortent. Je n'ai rien vu...j'ai fait deux photos à l'aveugle qui sont bonnes pour la poubelle..cerise sur le gâteau, mes camarades photographes qui ont fait les arrivées en voitures ont pu suivre les politiques et passent devant moi à la suite du gouvernement..Aïe, mauvais choix.. Bref, je suis complètement au mauvais endroit. Il s'agit de se rattraper. Une fois toutes les personnalités installées sur la tribune et les premiers sifflets dégainés, ça se calme. je fais quelques images de Fillon en train de parler...sans convictions..Je me tourne alors vers la salle et commence à avancer dans les travées..Là je m'amuse beaucoup plus. Les gens ne me voient pas, tout concentrés qu'ils sont à écouter le discours du premier ministre. Je fais mon casting, en prenant mon temps..Je choisi mes modèles, en faisant bien attention de ne pas tomber dans la caricature de l'élu local..je prends des jeunes, des femmes..Je cadre serré leurs visages qui écoutent. Je guide mon déclenchement par le discours qui se déroule derrière moi. Je sens monter la phrase choc, l'annonce qui va déclencher les cris. Lorsque la main s'approche de la bouche pour porter la revendication, je prends mes photos. Lentement je compile tous ces visages tendus. Bien sûr, j'ai dans la tête les images de chris morris sur la campagne présidentielle américaine, lorsque ce grand photographe américain faisait des images des militants républicains durant les meetings...modestement j'essaie d'en faire une interprétation française..
AMF098
J'en ai suffisament. Comment sais t'on que l'on as ce qu'il faut? que l'on doit arrêter de photographier ce moment là pour passer à autre chose? je n'en sais rien.. mais je le sens, alors, je m'écoute et retourne vers la tribune. Le discours est presque terminé. Je me place sur le coté de la tribune pour coller mon personnage sur le fond noir de la salle..le même que celui des visages. ça y est , c'est terminé, le premier ministre récolte peu de sifflet et même quelques applaudissements. Mission accompli. Il range ses lunettes dans sa poche, reprend ses feuilles, et se dirige vers les huiles assises non loin, pas peu fier de son coup.
La salle se vide, je me précipite vers la salle de presse pour transmettre mes images. j'édite vite. j'envoi vite.
Téléphone : "ça va ? c'est bon? t'as tout reçu? ça te convient?" "oui c'est bon, on va en mettre trois sur la page, deux portraits de la salle et une de fillon...merci, à plus tard." Voilà, mon travail est terminé et je traverse la salle à présent vide pour rentrer chez moi. Je pense à la page de demain et essai de m'imaginer ce que ça donnera. Je suis ravi à l'idée de découvrir cela demain dans le journal.
à 22 heures, j'aurai un message : "écoute , désolé, mais la page à sautée, finalement on fait un sujet sur Royal..désolé...à demain".  bon.....
personne ne verra ces photos.......à demain!

Posté par sebcalvet à 13:55 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Incarnés

    Encore une sympathique explication!!

    Bonne année et le meilleur pour cette année!

    Sur quoi sera le prochain billet?

    Cordialement

    Posté par GC, 04 janvier 2010 à 23:02 | | Répondre
Nouveau commentaire