16 février 2010

La Présence

BAYROU012
Tout commence très tôt. Dés le quai de gare, au premier train du matin. Gare de lyon, les voyageurs de l'aube s'engouffrent dans les wagons encore froids. 7h24, nous allons en bourgogne avec François Bayrou. je retrouve mon rédacteur à la porte de la voiture dans laquelle nos places sont réservées. Il fume sa cigarette. Je le regarde faire. J'ai déjà sorti un boitier, au cas où. L'attachée de presse à bien fait les choses. Nous savons à quelle place voyagera l'homme politique. Je suis aux aguets. Je m'imagine une image de lui sur le quai au milieu de la foule des gens qui se pressent pour monter dans le train. Je regarde des deux côtés. Je m'attend à le voir arriver par là. Non, c'est de l'autre côté qu'il se montre. Entouré de quelques personnes. Fidèle, responsable presse, officier de sécurité. Il se glisse dans la première porte ouverte qui s'offre à lui. Il as le regard baissé, sa suite remplissant son rôle à merveille. Ma première photo de la journée est ratée. Je n'ai même pas empoigné mon appareil, Ce sera donc un café avant de déclencher.
Le train part. Nous allons à la voiture bar pour le prendre, ce café. La file d'attente est déjà conséquente. Les voyageurs se tiennent debout dans l'allée, adossés à la cloison rouge. Leurs doigts caressent doucement la moquette qui tapisse cette même cloison. Ils ont froid. Moi aussi. Nous attendons notre tour. Je remarque que devant nous se tiennent l'homme politique et son ami. les deux hommes discutent en tenant leurs place. Ils sont là comme tous les autres, à tenter de rester debout malgré les soubresauts du train. Je vois le visage des personnes qui croisent le politique dans cette situation. Ils le connaissent, évidemment, ils l'ont vu sur leurs écrans. Des sourires apparaissent. Des regards appuyés. On passe, puis on parle dans l'oreille de son compagnon de voyage qui le l'avait pas vu, lui. " mais si tu sais, là devant...." " ah oui, dis donc....oh ça va , il à l'air sympa"
Bon, certes il est tôt, ma réserve naturelle ne me pousse pas à me précipiter sur lui pour faire des images, mais tout de même, je suis là pour ça. Alors, quoi faire? La situation est intéressante. Je décide de prendre de l'avance. Je m'installe dans la salle. Mon rédacteur qui connait l'homme politique va le rabattre vers moi. C'est lui qui va le saluer et l'amener vers nous pour prendre son petit déjeuner. Nous sommes quatre, accoudés au faux comptoir design, face aux paysages qui commence à se dessiner à l'extérieur. L'homme politique, son fidèle, mon rédacteur, et moi. Je me place en face du politique. la discussion s'engage, Je n'y prend pas part, j'essaie de me faire le plus petit possible...je suis à la pêche. Mes boitiers sont posés devant moi. Le politique les voit. Il ne peux ignorer qui je suis. Les choses sont posés, j'attends le moment propice.
J'avance doucement. J'attrape un appareil. Je le met au niveau de mon visage. L'homme politique me regarde. Il mange, boit son café. Je ne veut pas faire d'image moqueuse. Simplement une image de vie. cette vie qui fait que l'on se déplace sans cesse. Cette vie qui vous fait rencontrer tous ces gens, si vite, trop vite. Cette vie qui vous fait avoir une position sur tout. Cette vie qui vous donne le devoir d'avoir les réponses. Là le moment est calme, simple. Un moment en dehors de ce qui va suivre et que je connais. Alors oui, je veux cette image d'un homme qui mange, simplement, car elle sera le contrepoint des autres situations de la journée. Par la suite on me montrera cet homme comme omniscient, comme ayant raison. Un homme qui pense en toute chose. C'est pourquoi je veux cette image de ce même homme qui là ne pense à rien. Prendre son petit déjeuner, puis dormir un peu avant d'attaquer la journée de boulot.
Allez je me lance..Je cadre, Je déclenche, une fois...pas de réactions. Je fait attention aux attitudes. L'homme continue. C'est signe d'acceptation. Ma présence est importante à ce moment là.
Il veut bien m'accorder ce moment là. me serais je arrêté si il me l'avait demandé? oui. Car je ne veux pas me cacher, ni provoquer. Une bonne image se fait avec le respect ou la haine du sujet photographié. Comme on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, je pense que l'on ne fait pas de bonnes photographies avec des sentiments mitigés.
Je commence à faire de plus en plus d'images. Après avoir fini son yaourt, il jette les emballages dans la poubelle. Il se frotte les mains, il sourit. Il dit "bon, vous m'excusez maintenant, je vais essayer de dormir" En repartant du wagon bar, des personnes l'attrape pour le saluer et lui parler. Je le regarde en train de faire campagne, là, dans ce couloir de train. Les secousses l'obligent à se tenir à la barre. Belle métaphore de la vie politique.

Posté par sebcalvet à 10:11 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur La Présence

    calvet grand crû

    je commence à croire que plus la photo est belle plus elle t'inspire de belles choses à dire à propos...
    c'est comme une petite nouvelle à la Schitzler
    keep the faith... bises

    Posté par schoeller, 16 février 2010 à 15:36 | | Répondre
  • l'Homme politique

    Bien vu de définir ton sujet par "l'homme politique" et non pas par "Bayrou".

    Chouette texte.

    Posté par Pierre, 16 février 2010 à 21:11 | | Répondre
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