02 avril 2010

Spontanéité

MELENCH0020
Le murmure général sur la vidéo de Melenchon engueulant ce pauvre étudiant en journalisme m'a remémoré un jour de campagne. Durant la campagne des régionales, j'ai passé une journée avec jean luc Melenchon. Au programme, visite du salon de l'agriculture, tractage en banlieue parisienne et meeting le soir à Amiens. Du grand classique pour le politique, sauf que là, je suis quasiment seul. Accompagné de mon rédacteur, nous suivons, regardons, écoutons sans aucun problème..personne pour nous dire 'non, pas là , pas maintenant.." Dés le matin, Melenchon nous lance en arrivant, "oh mais la presse bourgeoise est là!!" Nombreux sont ceux qui font ce genre de blague, mais lui le pense vraiment..Nous sourions et répondons par une autre attaque..(dont je ne me souvient plus vraiment..) Melenchon, ça lui plait, il est comme ça..il aime la baston, la joute, quitte à s'emballer. Nombre de fois je l'ai vu me planter au moment de faire une photo. Partir dans l'autre sens de ce qui était prévu. Alors ça crie, ça gueule, ça exagère..mais au moins ça respire la vie !! car après tout cela va à contrario du sentiment diffus que veulent nous faire avaler les communicants que la politique est un jeu de société..Non, pour Melenchon et quelques autres, il s'agit d'un sport de combat! avec les opposants politiques, mais aussi avec les journalistes...Alors, évidemment quelque fois, ça frotte..Dans cette affaire l'emballement est général, bien sûr, le politique aurait put s'interdire certaines paroles inutilement blessantes, bien sûr, le politique part dans les tours de manière incompréhensible, mais c'est le jeu, le risque et il est je crois assumé..je ne souscrit pas, en revanche, à l'explication qu'il fait à postériori d'un grand complot visant à le piéger..La multiplication des canaux de diffusions font apparaitre de nombreuses caméras de toutes sortes, plus ou moins professionnelles qui scrutent les faits et gestes des politiques. Ils doivent se méfier de tout et de tous et répondre de manière structuré à des questions qui ne le sont pas toujours.. je me pose toujours la question de savoir si cela est un progrès ou pas..
Pour qui aime la politique, j'ai vécu dans ce train, ce jour là, un moment assez fort. Nous revenions du meeting d'Amiens. 23h00, le train qui repart sur paris est vide. Nous sommes seul dans le wagon. Melenchon, mon rédacteur, une collaboratrice du politique et moi. La discussion est vive entre le politique et mon rédacteur. Sur l'image, il est assis en face de Melenchon et travaille son sujet, en le questionnant sur le parcours, la stratégie.. je profite du moment où la collaboratrice est partie téléphoner dans le couloir pour faire cette série d'images du politique seul dans le train. J'adore ce genre d'ambiances car elles sont pour moi la réalité du travail du politique. Le discours partout et tout le temps, le déplacement incessant, le questionnement permanent sur l'opportunité de laisser passer l'orage ou bien rendre les coups immédiatement.
Melenchon, un peu fatigué, et, semble-t-il, en confiance, nous raconte des souvenirs de meetings passés. Il décris par le détails les visages, les mains de ces personnes rencontrées dans des salles municipales. Ces regards qui se sont allumés au son de ses phrases. Il nous fais vivre son sentiment d'avoir pendant des années "tenu le couvercle" sur des gens qui souffraient en silence dans les usines.. Il Nous fait voir ce moment précis où un de ses mots à déclenchés dans la salle la colère rentrée de tous ces gens. Il nous parle de sa prise de conscience d'en être un de ceux qui l'étouffaient en réclamant la patiente et d'avoir décider à ce moment là de ne plus reculer. Il dit tout ça dans un souffle, puis s'effondre sur son siège. Sa main vient alors tenir la tête. Les doigts fouillant dans les cheveux. le regard droit pour voir l'effet escompté de son discours terminé.
A aucun moment quelqu'un m'a empêché de faire une image. Personne n'est intervenu pour interdire de poser une question. Les discussions ont été vives. Les positions âprement défendus par le rédacteur qui posait les questions et le politique qui y répondait.
Je ne veut défendre ni l'un ni l'autre. Il n'y à d'ailleurs , à mon sens aucune défense à faire. Tout le monde fait son boulot. Le journaliste et le politique se doivent de faire de la politique. D'expliquer les positions et les points de vues. De donner à penser et à agir. La caméra enregistre trop souvent les propos lénifiants et encadrés des deux contradicteurs. Alors quand la spontanéité s'empare de la joute, on est choqué.
Je préfère le risque du dérapage à la sureté du cadre trop rigide. A chacun de se donner alors, les armes pour se défendre...là est le combat.

Posté par sebcalvet à 10:36 - Commentaires [7] - Permalien [#]


Commentaires sur Spontanéité

    tres people ce blog !!

    http://lebarbierfabrice.canalblog.com/

    Posté par le barbier, 02 avril 2010 à 10:46 | | Répondre
  • Toujours aussi sympa de vous lire!

    Merci pour ce témoignage et ces images.
    R3

    Posté par RichardTrois, 06 avril 2010 à 11:25 | | Répondre
  • le regard affuté

    j'aime toujours autant ce regard sur l'image et la politique, souvent le meilleur lien que j'ai avec ce monde que je regarde souvent avec suspicion. Se réconcilier avec le monde sans compassion, sans misérabilisme, juste regarder le monde et prendre conscience des choses...merci

    Posté par claire Pous, 22 mai 2010 à 11:40 | | Répondre
  • Despote?

    J'aime bien cette idée de vouloir faire découvrir les coulisses d'une image. R.Depardon a aussi décortiqué sa relation aux politiques.
    Dans ce sujet sur l'affrontement avec Mr Melenchon, je suis assez partagé. Je n'apprécie pas spécialement sa façon de communiquer en utilisant les médias un jour, et en les fustigeant un autre.
    Mais, connaissant le travail de photographe de presse, je sais comment les images sont faites ou fabriquées, de manière à obtenir ce que l'on désire. Un vrai travail de despote:
    "Asseyez-vous ici, souriez! Ne souriez pas!" Il faut forcément obéir à celui qui est caché derrière son imposant appareil...
    N'est-ce-pas?

    Posté par marc, 22 octobre 2010 à 17:48 | | Répondre
  • Despote?

    J'aime bien cette idée de vouloir faire découvrir les coulisses d'une image. R.Depardon a aussi décortiqué sa relation aux politiques.
    Dans ce sujet sur l'affrontement avec Mr Melenchon, je suis assez partagé. Je n'apprécie pas spécialement sa façon de communiquer en utilisant les médias un jour, et en les fustigeant un autre.
    Mais, connaissant le travail de photographe de presse, je sais comment les images sont faites ou fabriquées, de manière à obtenir ce que l'on désire. Un vrai travail de despote:
    "Asseyez-vous ici, souriez! Ne souriez pas!" Il faut forcément obéir à celui qui est caché derrière son imposant appareil...
    N'est-ce-pas?

    Posté par marc, 22 octobre 2010 à 18:18 | | Répondre
  • Despote?

    J'aime bien cette idée de vouloir faire découvrir les coulisses d'une image. R.Depardon a aussi décortiqué sa relation aux politiques.
    Dans ce sujet sur l'affrontement avec Mr Melenchon, je suis assez partagé. Je n'apprécie pas spécialement sa façon de communiquer en utilisant les médias un jour, et en les fustigeant un autre.
    Mais, connaissant le travail de photographe de presse, je sais comment les images sont faites ou fabriquées, de manière à obtenir ce que l'on désire. Un vrai travail de despote:
    "Asseyez-vous ici, souriez! Ne souriez pas!" Il faut forcément obéir à celui qui est caché derrière son imposant appareil...
    N'est-ce-pas?

    Posté par marc, 22 octobre 2010 à 18:19 | | Répondre
  • Despote?

    J'aime bien cette idée de vouloir faire découvrir les coulisses d'une image. R.Depardon a aussi décortiqué sa relation aux politiques.
    Dans ce sujet sur l'affrontement avec Mr Melenchon, je suis assez partagé. Je n'apprécie pas spécialement sa façon de communiquer en utilisant les médias un jour, et en les fustigeant un autre.
    Mais, connaissant le travail de photographe de presse, je sais comment les images sont faites ou fabriquées, de manière à obtenir ce que l'on désire. Un vrai travail de despote:
    "Asseyez-vous ici, souriez! Ne souriez pas!" Il faut forcément obéir à celui qui est caché derrière son imposant appareil...
    N'est-ce-pas?

    Posté par marc, 22 octobre 2010 à 18:21 | | Répondre
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