20 septembre 2010

Avant-Après

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Rendez vous au conseil d'état. Ce n'est pas un message énigmatique, simplement ma mission du jour. Le premier ministre, François Fillon, doit prononcer un discours devant l'assemblée générale du conseil d'état. J'arrive donc sous les lambris de cette vénérable institution, place du palais royal à paris. Les services de matignon sont arrivés. Comme à chaque fois, les services des politiques investissent les lieux des déplacements. Ici, les fonctionnaires sont habituellement posés et ne voient pas beaucoup de journalistes ou de services de sécurité. Aujourd'hui, tout est retourné. Les personnes du service de presse du conseil d'état, un peu débordées, laissent leurs place à ceux de matignon. Présentation de carte, remise de badge, portique de sécurité, un policier à chaque angle. On ne rentre ici que dûment accrédité à l'avance. Le journal m'a mandaté depuis quelques jours déjà. Mon nom figure bien sur la liste. L'homme de matignon, plonge sa main dans une grosse enveloppe en kraft. Il en ressort une poignée de lianes de tissu au bout desquelles pendent les sésames en plastiques. Les noms des journalistes autorisés pour l'événement ont été imprimés dessus au préalable. Je reçois un badge général et un autre, plus gros, agrémenté d'un énorme "POOL" dessus. L'homme de matignon, me donne dans le même mouvement les premières consignes : "pour l'arrivée, si vous faites la descente de voiture, vous ne pouvez pas suivre, si vous voulez faire le discours du premier ministre il faut vous mettre en haut de l'escalier, vous faites une image et puis on va tout de suite s'installer dans la salle.." Bon, tout cela est dit sur un ton qui ne permet pas vraiment d'échappatoire.. si je fais l'arrivée, derrière plus rien....donc c'est tout vu..je décide d'obéir et de me poster en haut de l'escalier en attendant le premier ministre qui sera accompagné de la garde des sceaux, michelle Alliot Marie. Je passe un coup de fil au journal. Rien dans les pages pour aujourd'hui..Je vais donc travailler pour les archives. Du coup je me met dans une autre ambiance. Je ne vais pas forcément chercher à coller à l'événement..

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Je prends donc position en haut de ce fameux escalier. Les gardes républicains sont en places. Mes camarades photographes arrivent. Nous avons tous décidés de nous placer ici..l'expérience des consignes données nous donnent une bonne vision de ce que nous pourrons faire ou pas..Nous sommes devenus des interprètes à priori des discours de communication..Aujourd'hui, la tendance n'est pas bonne et nous savons tous que les photos que nous ferons ne seront pas des documents historiques.
Nous commençons donc à faire des illustrations sur les gardes républicains, cette vision en plongée est très rare..alors nous en profitons. Dans le même temps, nous imaginons cette image, juste au dessus des politiques arrivant entre les gardes républicains....ah oui, ça peut être pas mal...moi, je vais le faire comme ça..et moi je vais le faire plus large...ah oui c'est bien aussi....tu parles!!, l'homme de matignon, arrive pour mettre bon ordre à tous nos espoirs..on sait jamais, nous pourrions faire une image qui dépasse du cadre!
Il nous fait reculer et nous positionne en face de l'arrivée de l'escalier. Le garde est face à moi. Il ne bouge pas. J'ai l'idée de faire une image avant-après. Vous montrer, ce qu'ILS veulent.

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Voilà. Nous sommes en place. Le son de l'arrivée des politiques en bas arrive vers nous. Les gardes républicains se mettent au garde vous. On s'agite. Ça arrive. "poussez vous!" quoi ? déjà?.. mais on a rien fait..Ils sont là que l'on doit déjà partir se mettre en place sur le prochain spot..3 photos et au revoir. Les services de sécurité et de la presse nous poussent sans ménagement vers le couloir. Nous arrivons dans la salle plénière. Tout le monde attend le premier ministre. Je fais le tour, arrive légèrement en retard. Je crois que je vais faire des images du politique ici..non, il faut partir, "allez, on y va" "mais on a rien fait, il sont même pas là" "vous allez faire des images de là haut, je vais vous faire tourner". Là haut, c'est juste au fond de la salle. Loin, sans aucun intérêt. On nous fait passer à tour de rôle par une petite porte, dans un espace qui doit faire 3m sur 1m et dans lequel on doit faire rentrer 8 photographes et quelques caméras. Nous restons quelques minutes pour photographier les politiques assis ou en train de discourir, puis laisser la place à un confrère. Une vieille intuition m'a fait prendre un 300mm. Il me permet de faire quelques images plus serrées, des portraits qui ressortiront peut être..
les discours se terminent. Tout le monde se lève. Avant que les politiques soient sortis de la salle, on nous fait sortir par un escalier de service. J'arrive trop tard pour faire le départ. Quelques photographes plus rapides ont pu faire des images des politiques saluant et montant dans leurs voitures. Les journalistes ont été tenus à bonne distance pour ne pas poser une seule question. Rien qui dépasse. Tous les services de matignon s'engouffrent dans le sillage de la voiture du premier ministre, laissant là en plan les gens du conseil d'état comme hébétés. Les portes se referment. Les gardes républicains remontent dans leurs bus. Plus tard, lorsque sur mon scooter, je m'arrête à un feu rouge, ce même bus se met à mon niveau. Je reconnais mon garde républicain de tout à l'heure au travers d'une fenêtre. Il n'a plus de casque. Il souffle légèrement. Le regard dans le vide.
Moi aussi je me demande : "à quoi cela sert il ?"

Posté par sebcalvet à 13:47 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Avant-Après

    Excellent! Merci pour ce compte-rendu très éclairant du cadrage a priori de l'information.

    Posté par Gunthert, 21 septembre 2010 à 09:16 | | Répondre
  • gêneurs

    Les journalistes semblent plutôt parqués là où ils ne gênent pas que placés à dessein pour obtenir l'image attendue. Ce n'est pas glorieux dans les deux cas et cela éclaire assez exactement la situation générale. Maintenant, quelle est la valeur ajoutée d'une visite du Premier au Conseil ? peut-on y introduire du subversif ?

    Posté par beth, 22 septembre 2010 à 15:43 | | Répondre
  • Faut-il limiter le nombre de photographes présents ? Cela leur laissera t-il plus de liberté de mouvements ? J'en doute fort. Dans certains lieux (je ne connais pas le conseil d'état) il est difficile de se défaire du service d'ordre et de presse .... Et j'ai l'impression que la liberté de mouvement est inversement proportionnelle à l'importance de la personnalité.

    Posté par Quinze, 23 septembre 2010 à 09:37 | | Répondre
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