06 février 2009

Des cris

MANIFUNIV011
Je continue l'histoire de la grève des universités. Une manifestation démarre de la fac de Jussieu pour se diriger vers le panthéon, non loin du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Une manifestation répond assez souvent aux mêmes règles. La foule, les bannières, les banderoles, des lignes dans tous les sens, des cris. Une oscillation de la marche et des voix se fait jour tout au long du cortège. Nous avançons ensembles. Manifestants sur la chaussée, observateurs sur les trottoirs, photographes passant de l'un à l'autre. J'aime voir les commerçants qui sortent de leur boutique pour regarder le fruit de la contestation. Ils se tiennent sur le pas de leur porte. Mi curieux, mi amusé. Une crainte réprimée du débordement se terre tout au fond d'eux mêmes. Ils sont prêts à s'enfermer, mais se raisonnent et restent en place. Parfois, les gens sur les trottoirs esquissent un sourire ou un poing levé, pour signifier leur soutien. Puis, ils se retournent et continue leur chemins, fiers qu'ils sont d'avoir osé une attitude de défi.
En début de manifestation je remarque que les étudiants ont clairement rejoint le mouvement. Je m'attache à photographier les visages de la jeunesse qui n'accepte pas. Un jeune fille attire mon attention. Elle à un visage très pur et une certaine lumière se dégage d'elle. Un brin d'innocence en complet décalage avec le contexte dans lequel elle se trouve. Elle à l'air un peu empruntée d'avoir à porter cette banderole trop lourde pour elle. Cela l'embarrasse et la fait rire. J'adore ce moment et commence à faire beaucoup d'images de sa bonne volonté. Ses mains s'accrochent au tasseau de bois qui maintient le tissu. Elle se déplace en regardant autour d'elle pour vérifier qu'elle fait bien les choses. Elle regarde le meneur devant elle qui tient le mégaphone. Il est derrière moi et me crie dans les oreilles. Je reste quand même, persuadé d'avoir un bon personnage dans mon viseur. Je suis satisfait des images déjà faites. Soudain, un coup de vent emporte la banderole. Les gens placés juste derrière ne savent que faire de cet amas de tissu peint qui leur arrive dessus. Il se débattent avec le linge revendicatif. La jeune fille fait des efforts surhumains pour tenir la banderole. Elle s'accroche. Elle rie aussi beaucoup. Tous se marre. Je décide de la cadrer au bord de mon image et de montrer juste les pieds de ses camarades planqués de l'autre côté.
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La manifestation se déroule de manière assez classique. Nous arrivons au bout d'une heure place du panthéon. Les leaders appellent à une dispersion dans le calme. C'est sans compter sur l'ardeur d'un groupe de 300 personnes qui ne veulent pas s'arrêter. Ils défient les cordons de crs placés là. Il crient, ils chantent. Des drapeaux rouges sortent de partout. Je me place entre eux et les flics. Ca commence à pousser. Je me retrouve collé à un bouclier. Les chants ne cessent pas. Nous allons au contact mais les manifestants continuent à chanter. J'entends le commandant de police qui donne l'ordre de desserrer le cordon. Chose faite. Je respire. Tous se précipitent dans la brèche. Nous envahissons le boulevard saint michel, puis le boulevard saint germain. Les jeunes arrêtent les voitures. Ils avancent. Personne ne sait où nous allons. Nous avançons. Nous marchons à vive allure entre les voitures. Je remarque que personne ne râle. Les gens dans les voitures sont calmes. Ils prennent les tracts et certains klaxonnent même pour manifester leur soutien. J'en suis à la fois étonné et ravi. Des cris montent : "paris ! debout ! soulève toi ! " sans cesse, ils répètent cela. Ce cri me donne le frisson. Nous ne sommes pas nombreux mais la détermination est impressionnante. Les passants s'arrêtent. Ils regardent. Je vois dans les yeux de certains une envie de basculer.
Arrivés sur les quais, les crs chargent. Coup de matraques, cris à nouveau. Ca part de partout. Les jeunes font demi tour. Ils traversent le seine et partent en direction de l'hôtel de ville. Nous marchons encore très vite rue de rivoli. Ca continu. Je me demande jusqu'où nous allons bien pouvoir aller. Je suis la course. On ne se sait jamais. L'idée d'aller à contresens de la circulation avec un groupe d'incontrôlables ne me déplait pas.
Arrivés à l'hôtel de ville, le groupe se coupe en deux. Certains veulent aller place de la bastille. D'autres de repartir vers saint michel. Deux stratégies, deux quartiers. C'est terminé. Je vois dans le groupe un flic en civil que je connais en train de discuter avec deux militants. Il me regarde. Je soutient son regard. Eux ne savent pas. Je les laisse partir sachant maintenant que la course s'arrêtera bientôt.
Je rentre au journal. Il faut encore que j'édite les images de la journée.   

Posté par sebcalvet à 11:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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